Sotré, le refuge au cœur tendre

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Niché à 1200 m d’altitude, le refuge du Sotré est beaucoup plus connu que la plupart des refuges français pas pour sa vue, même si elle est belle, mais pour ses engagements. Visite guidée.

– Tu veux un sujet sur les Vosges ? Appelle le Refuge du Sotré !
Aussitôt dit, aussitôt fait, mais le téléphone sonne occupé. Toujours occupé.
– Fermé  peut être ? J’envoie un mail. Dans le quart d’heure, Yannick Holtzer me rappelle. Voix enjouée, il s’apprête à partir en balade en raquette, mais parler de Sotré est un plaisir. Il me rassure : « Nous ne sommes pas fermés du tout mais constamment débordés ! »

Décidemment Sotré n’est pas un refuge comme les autres. Depuis 2012, à l’issue de travaux de réaménagement qui ont duré 9 mois et coûté près de 2 millions d’euros, il est devenu 100% handicap compatible. Je ne peux pas affirmer qu’il soit le seul refuge fréquentable en fauteuil mais il s’est vu décerner le trophée de l’accessibilité en 2015 et cette conversation avec Yannick m’apprend que 50% de la clientèle vient désormais pour s’essayer au ski en fauteuil, à la joëlette et aux autres équipements dont le refuge a fait l’acquisition pour qu’ils servent justement. Et ils servent !

Apparemment l’équipe du Sotré y contribue largement. En feuilletant les bonnes pages du dossier de presse, je retrouve Yannick photographié en juin dernier au départ du Trail de la Vallée des Lacs (27 kms) au volant d’une joëlette.ime_raoul_clainchard_24062015-6-640x480

Pas étonnant que la clientèle « assise » viennent de tous les massifs, Alpes et Pyrénées y compris, pour vivre ici l’aventure du ski, du trail, de la randonnée ou du bivouac au grand bonheur des encadrants, diplômés et formés au handicap, qui accompagnent ces « sourires retrouvés», « premières glisses », «  pleurs de parents », avec beaucoup de tendresse.

L’origine de cette aventure inédite croise la vie privée du propriétaire des lieux, Jean-Marie Haton, à l’origine géomètre. Puis menuisier, cuisinier, accompagnateur en montagne, moniteur handisport, il s’est lancé dans cette belle histoire, avec Estelle, sa femme, et a eu l’envie de rendre le refuge accessible à tous. Oui tous. Ici tout le monde se mélange, valides et non valides, cadres venus en séminaires, scolaires en classes vertes, familles, couples, jeunes, vieux. Il est là, dans ce mélange, le génie du refuge du Sotré.

Yannick y a succombé. Il y a deux ans il était encore à plein temps dans le marketing à gérer une équipe de 15 personnes. En juin prochain, il passera son diplôme d’État d’accompagnateur en montagne. Désormais il est là à l’année comme les 9 autres personnes, toutes mordues.

À Sotré, la montagne n’est peut-être pas très haute mais elle se sert de sa petite taille pour mieux apprivoiser les peurs, braver les interdits, oser les rapprochements improbables.

Régulièrement le refuge organise des nuits en bivouac, à la belle étoile. Valides et non valides, tout le monde est bienvenu. Alors que j’imagine tout haut la joie d’un enfant en fauteuil passant sa première nuit en pleine nature, Yannick me coupe : « Nous accueillons aussi beaucoup de cadres d’entreprise pour qui c’est une première !».

Pour la fête de la Montagne en 2016, Yannick et les Sotré seront au Village des Sports de Nature pour faire des démonstrations de joëlettes. Pour les faire marcher, il faut autant de pousseurs et de tireurs que de rouleurs. Alors venez essayer ! Si vous ne croyez pas que la montagne peut donner des ailes, peut être que cette expérience vous fera changer d’avis.

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