Un homme du Massif, Michel Milhabet

Il vous rappelle un samedi, alors qu’il visite avec sa dame un musée à Nice, en s’excusant de n’avoir pas réagi plus vite à vos messages. Il était parti quelques jours faire de la cascade de glace en Maurienne avec un compagnon de longue date, qui affiche 73 ans au compteur. Lui en a 76.

Michel Milhabet a grandi à Paris mais il est tombé amoureux du Massif Central qu’il connaît comme sa poche et pratique en escalade, en alpinisme « petit alpinisme» précise-t-il, comme en VTT. L’hiver, il ai

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me explorer ces grands espaces encore vierges. Partir en autonome, à pied, en raquette. Taquiner les goulottes de glace du Cantal. Bivouaquer dans des paysages désertiques. Traverser des villages coupés du monde, où vivent à peine une quinzaine de personnes. S’attarder dans les bistrots où le café est encore fait à la chaussette.

Au printemps, il part réaliser la Grande Traversée du Massif en VTT, de Clermont à Sète, 450 kms des volcans d’Auvergne au bard de la mer Méditerranée en passant par les causses, les Cévennes, les Monts Lozère et Aigoual ainsi que les Gorges du Tarn et de l’Hérault. L’été, son idéal serait plutôt : pêcher le matin, siester l’après-midi, puis aller grimper en nocturne, au milieu des vautours dans les Gorges de la Jonte.

Michel a été longtemps accompagnateur dans ces Massifs. Et aussi président régional du Comité Montagne Escalade. Ce qui l’a fait marcher tout ce temps ? L’envie de partager. Il a converti à la Montagne, des amis, des compagnons, avec lesquels, il a par exemple monté la Cantal y Cimes et la Mont d’Or y Cimes sur le modèle de la Grave Y Cimes, qu’il  a fréquenté assidument pendant des années, en qualité de bénévole. Il a également accompagné des groupes de déficients mentaux, parfois sur des périodes longues, « un an d’entraînement pour 3 jours de pratiques glaciaire à 3600 m, un souvenir inoubliable ».

Son modèle est le père Jaouen, ce jésuite qui a consacré sa vie aux délinquants qu’il emmenait en mer afin qu’ils reprennent une autre route, une fois revenus sur terre. Michel Jaouen vient tout juste de nous quitter, le 7 mars, à l’âge de 96 ans. Ces deux-là n’ont (n’avaient) pas que le prénom en commun. Ils sont de la race des hommes qui vivent avec le cœur sur la main. Je n’ai pas eu la chance de serrer celle de Michel Jaouen, mais si l’occasion se présente, j’irai saluer Michel Milhabet dans ses montagnes. Plutôt l’été. Son programme a l’air moins chargé.