Trois questions à Nadine Mordant, Commissaire à l’aménagement, au développement et à la protection du massif des Alpes (CGET).

 Trois questions à Nadine Mordant, Commissaire à l’aménagement, au développement et à la protection du massif des Alpes (CGET).

 Pourquoi le CGET soutient-il la Fête de la Montagne depuis plusieurs années ? 

Bien qu’ATOUT France indique que la montagne est bien la seconde destination des français en juillet et août avec 51% des fréquentations au lieu de 33% l’hiver, les statistiques montrent que la Montagne estivale a localement besoin de soutien. Les Français prennent majoritairement leurs vacances sur le littoral ou près des plans d’eau. Et lorsqu’ils fréquentent la montagne l’été, ce sont également les massifs plus proches du littoral qui emportent leur préférence, pour les mêmes raisons, ainsi que ceux qui possèdent le plus de lacs ou encore les plus urbanisés, plus faciles d’accès. Entre les différents territoires des Alpes du Nord et les Alpes du Sud, les taux de fréquentation l’été peuvent varier, notamment, en fonction de l’offre d’hébergement et la notoriété. Sachant par exemple que les Alpes du nord sont aujourd’hui plus fréquentées par les clientèles étrangères (40%)*que les Alpes du sud (25%)* ; même si les territoires du sud du massif rencontrent un fier succès l‘été avec un hébergement non marchand assez important pour certains départements comme les Hautes-Alpes (résidences secondaires).

Nous avons donc besoin d’un évènement comme la Fête de la Montagne, une fois par an, en début de saison, pour mettre un coup de projecteur sur l’ensemble des territoires de nos massifs, en proposant au public de découvrir la diversité de nos patrimoines (culturel, naturel, gastronomique, artistique, etc.) et la diversité des activités réalisables.

*chiffres indicatifs source ATOUT France 2016

Quel bilan dressez-vous des fêtes de la Montagne passées ?

Si j’en crois les retours que j’ai pu avoir, la Fête de la Montagne fédère, le temps d’un week-end, des centaines d’évènements sous la même bannière, mais la fréquentation de ces évènements reste très locale, notamment dans le très grand massif des Alpes (de Menton à Annemasse, des Alpes maritimes à la Haute-Savoie). Et c’est logique. On va faire la Fête de la Montagne à côté de chez soi, comme on fait la Fête de la Musique dans sa ville ou son quartier. J’ai peur que cette dimension fête locale s’essouffle rapidement et ne permette pas la mobilisation d’autres publics, ce qui est aussi votre objectif. En outre, le brassage des publics entre les Alpes du sud et les Alpes du nord, les 9 départements, les territoires d’une vallée à l’autre serait un de nos objectifs pour renforcer cette identité alpine commune qu’ont d’autres pays alpins comme l’Autriche.

Auriez-vous des propositions à faire concernant les Fêtes de la Montagne à venir ?

La  principale problématique que nous rencontrons dans le Massif des Alpes, c’est donc l’immensité de ce territoire. Il n’existe pas, comme dans d’autres massifs montagneux une route qui le traverse (par exemple : la route des crêtes dans les Vosges de 88 km du nord au sud) ou une approche autoroutière aisée des différentes vallées. D’où des différences de fréquentation notoires d’un territoire à l’autre du massif. Depuis 2006, nous nous employons à encourager les circulations entre nos vallées et massifs en menant une politique de diversification touristique et de promotion de l’itinérance à l’échelle de tout le massif avec la marque « Voyage dans les Alpes ». Elle consiste à promouvoir les multiples façons de pratiquer la Montagne, à pied, en VTT, à cheval, de manière à encourager l’itinérance et amener le public à se déplacer d’un massif à l’autre pour découvrir des territoires moins fréquentés.

Si vous deviez faire évoluer le concept de la Fête de la Montagne, il serait intéressant de travailler dans cette direction ; par exemple en la thématisant chaque année. Vous pourriez une année organiser  par exemple la Fête de la Montagne uniquement autour d’un thème comme le patrimoine des forts, l’eau et le thermalisme, les lacs, …puisque les Alpes en possèdent plusieurs du nord au sud. Cela permettrait de drainer un plus large public et de l’encourager à se déplacer d’un territoire ou d’une vallée à l’autre, en l’occurrence par exemple d’un fort à l’autre. J’aime aussi l’idée que les savoyards descendent une fois par an faire la fête dans les Alpes du sud et vice et versa. La thématisation aurait un autre avantage. Elle mettrait en lumière chaque année des acteurs différents du massif ; car un de nos objectifs est bien de faire travailler ensemble des communautés thématiques du nord au sud du massif. Une année le projecteur serait braqué sur les forts, l’année suivante, ce pourrait être la botanique, ou l’artisanat, ou la gastronomie, ou partir sur leurs traces des écrivains de Montagne. Il est évident qu’en procédant de la sorte vous attireriez un public plus large, et que les médias s’en empareraient peut être plus facilement. Aussi, la contribution du CGET et la politique de diversification touristique pour renforcer la fréquentation dans le massif également seraient plus lisibles.